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Conférence proposée par l’UTL de Lamballe le 28 mars 2017


Sur les chemins de l’Ankou

S’il est une figure de la mythologie Bretonne que chacun connait, ou croit connaître…c’est bien celle-là ! Le serviteur de la mort peut changer de figure au gré des représentations, passer de la flèche à la faux, sortir avec ou sans chapeau… Une chose est sûre, au premier coup d’oeil on sait que l’Ankou est là, et ce n’est pas bon signe !!!

La plus ancienne référence écrite à l’Ankou remonte au 9 ème siècle. C’est alors un moine qui inscrit ce nom sur un parchemin et ouvre la voie aux innombrables textes qui suivront. On va ainsi retrouver cette figure de mort tout au long des siècles, dans la littérature, dans la poésie,( on pense notamment au « Miroir de la mort » imprimé en 1575), ou bien encore dans le théâtre (et singulièrement, le théâtre à connotation religieuse). Il figure également, d’une façon plus étonnante, dans le premier dictionnaire « Français, Latin, Breton » édité à Tréguier en 1499. (Preuve que déjà, les plus érudits se préoccupaient de traductions.) Plus tard, au 19 ème siècle, c’est sous la plume des folkloristes qu’il fera une nouvelle apparition.

Une figure mythologique Celtique

L’Ankou est une créature propre à la Basse-Bretagne. On peut bien, en pays Gallo, évoquer une certaine « charrette des morts », il n’empêche que le terme Ankou trouve bien son origine dans un terme Celte signifiant « tuer » ou « périr ». A noter d’ailleurs que cette même figure se retrouve au Pays de Galles ou en Cornouailles (Angleterre) avec des noms particulièrement proches de notre Ankou (Anghau et Ankow ).
Preuve de l’importance du serviteur de la mort, il est non seulement cité dans les textes, mais aussi représenté, singulièrement dans la statuaire. La figure macabre de l’Ankou se retrouve ainsi dans une quinzaine d’édifices religieux de Basse-Bretagne, qu’il s’agisse d’églises ou d’ossuaires. De toutes ces représentations, 2 sont en bois : la première à l’intérieur de l’église de Ploumilliau et l’autre au Musée des Jacobins de Morlaix. Toutes les autres statues sont en pierre. On remarque aussi l’Ankou parmi les squelettes de la danse macabre (1450-1460) sur une peinture exposée dans la chapelle de Kermaria an Isquit à Plouha (22).

Pas de faux, mais une arme à mi-chemin entre lance et flèche


Dans tous les cas de figure, l’Ankou s’accompagne d’attributs. Dans les images les plus anciennes, c’est une sorte de grande flèche qu’il tient entre ses mains ; il peut aussi porter une houe puisqu’il est aussi fossoyeur et qu’il doit enterrer les morts. La représentations de la mort équipée d’une faux n’apparait qu’au 19ème siècle. De même pour le grand chapeau qui ne fera son apparition que tardivement. Reste la charrette ! Celle dont les mortels sont censés entendre grincer les essieux, annonçant ainsi l’arrivée de l’Ankou. Vous ne la trouverez dans aucune représentation ancienne. En revanche, elle fait bel et bien partie de la tradition orale et de ces histoires que l’on raconte à la veillée.

L’Ankou, une rencontre à éviter…

Car celui qui voit l’Ankou doit s’attendre de façon certaine à mourir avant la fin de l’année. Et dans chaque paroisse, le dernier mort de l’année (ou selon les endroits, le premier) devient l’Ankou jusqu’à l’année suivante. Et cela a quelques conséquences, car selon l’âge du défunt, on peut s’attendre à ce qu’il attire à lui des gens de son âge… Ou le contraire, car si l’Ankou est jeune, il peut avoir envie de se venger en punissant les vieux de la paroisse.
Mais c’est peut-être durant la nuit de Noël que vous aurez le plus de chance de l’apercevoir. D’abord parceque durant cette nuit, que l’on appelle aussi en Bretagne la « nuit des merveilles », les défunts reviennent. C’est bien pour cette raison qu’il faut entretenir une bûche durant toute la nuit afin de réchauffer les âmes des morts. (L’Eglise catholique, dans un grand mouvement de syncrétisme, donnera ensuite pour explication à la bûche qu’il s’agit de réchauffer les pieds de l’enfants Jésus…) Ensuite parce que durant la messe de minuit, l’Ankou a l’habitude d’effleurer de sa cape tous ceux qui ne passeront pas l’année ! Autrement dit, évitez de vous assoir dans les courants d’air si vous voulez passer une bonne soirée ! Et si vous habitez sur le littoral, évitez de trainer la nuit près de la rive. Vous risqueriez d’y apercevoir le "Bag noz » (le bateau de nuit), aussi redoutable sur mer que peut l’être la charrette sur terre.

Daniel GIRAUDON est l’auteur du livre « Sur les Chemins de l’Ankou » édité par Coop Breizh. Il est également professeur émérite de celtique à l’UBO, fac de lettres.
http://www.utl-lamballe.fr/