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Les seniors et l’emploi : de qui se moque-t-on...

EDITO

A tout hasard, serions-nous nombreux à partager ce sentiment bizarre qu’on nous prend un tout petit peu pour des crétins ? Travailler plus longtemps… c’est d’accord. Mais à la condition que la société toute entière, entreprises comprises, acceptent cette idée que passé 50 ans, on n’est pas tout à fait croulant ! Histoire d’une schizophrénie française qui n’augure rien de bon pour les années à venir.

La réforme de 2010 a fait passer l’âge légal de la retraite de 60 à 62 ans. Si l’on met de côté les professions pénibles qui vous usent prématurément, on peut admettre sans trop combattre qu’au vu de l’augmentation de l’espérance de vie, deux ans de travail en plus pour sauver le régime des retraites par répartition, c’est tolérable. C’est tolérable à condition d’avoir du travail !!!
C’est tolérable si le senior (qui ignore encore à ce moment-là qu’il en est un…) de 50 ans n’a pas eu la malchance de basculer du côté obscure de la force : le chômage.
Si c’est le cas, ce senior à qui tous les responsables politiques expliquent, relayés par une grande majorité des médias, qu’ils ont une chance formidable d’en être là de leur carrière et que la société toute entière va enfin pouvoir profiter de leur expérience, ce senior va peu à peu découvrir un monde « nouveau », mais pas forcément, celui qu’on lui décrit.

Trois fois plus de seniors au chômage en 7 ans !

Mais reprenons les chiffres. Ceux du chômage d’abord. Les chiffres 2016 du Ministère du travail se targuaient d’enregistrer leur première petite baisse depuis 2007, mais on s’est massivement abstenu de commenter la situation des seniors : + 2,2 sur la seule année 2016 ! Entre 2008 et 2015, les seniors en situation de chômage ont été trois fois plus nombreux !!! (+ 182%) C’est à dire 900 000 personnes ; une paille.
Une explication au phénomène ?
La seule qu’on puisse voir régulièrement revenir sous la plume de quelques commentateurs tient dans une inadéquation entre les besoins des entreprises et les compétences de ces seniors sans emploi. Autrement dit, tant qu’un cinquantenaire n’a pas encore été mis dehors, il a des compétences, parfois même élevées… Mais dès qu’il est devenu un demandeur d’emploi, il ne rentre plus dans le cadre. Cherchez l’erreur !
Que peut -on entendre encore, en vrac ? Qu’un recruteur investit pour l’avenir et qu’il va préférer embaucher un jeune qu’un « vieux ». Etonnant quand, dans le même temps, cette même société française nous vante depuis des lustres l’ardente obligation de la mobilité avec sa corollaire, un plus grand turn-over des salariés. Cette mobilité ne concernerait donc pas les seniors ?
Que les seniors ne sont pas assez formés ? Mais dans la majorité des cas, ces seniors sont prêts à se mettre à niveau. Encore faut-il que les entreprises leur fasse confiance, ce qui n’est malheureusement pas le cas.
Que ceux qui ont essayé (ils sont malheureusement extrêmement nombreux) se reconnaissent : combien de lettres de candidatures envoyées, pour combien de réponses ? Et quand il y en a, avec quels arguments de refus ? Aucun en général ! Le profil ne correspondait pas au poste…
Arrêtons de tourner autour du pot ! Ce n’est pas le profil qui ne correspond pas, c’est la date de naissance !!!

Et maintenant, rognons aussi sur le chômage de ces vieillards de 50 ans !

Depuis cette semaine, les nouveaux chômeurs de plus de 50 ans qui avaient jusqu’alors 3 ans pour retrouver une situation n’en auront plus que 2. Six mois de plus s’ils ont plus de 53 ans et une situation inchangée s’ils ont plus de 55 ans. On peut prendre les paris ? Les plus de 55 ans prendront vite conscience qu’ils vont avoir à s’installer dans la précarité jusqu’à leurs 62 ans (c’est déjà le cas…) et une fois passés les deux ans d’indemnisation, les « vieux chômeurs » n’auront plus guère le choix : s’employer quand ils le pourront à combler des trous sans pouvoir discuter les salaires et bien loin, souvent, de leurs qualifications, se lancer dans l’auto-entrepreneuriat, répondant ainsi à la volonté (non affichée mais bien réelle) des dirigeants économiques, d’uberisation de notre société ou bien accepter cette fatalité de la déchéance. Avoir eu un passé et ne plus pouvoir espérer bâtir un avenir.
Alors quoi ? Des solutions ? Demander d’abord au monde économique d’être en accord avec ses mythes et les assumer. Demander ensuite au monde politique de faire de la politique et de chercher à peser dans la balance, en imposant, pourquoi pas, des quotas de seniors dans les recrutements, en ouvrant les yeux sur cette question jamais évoquée de discrimination à l’embauche en raison de son âge.
Au final, c’est toute notre société qui ferme les yeux ; les entreprises par intérêt (un jeune coûte moins cher et s’avère plus malléable ), les politiques par lâcheté, et les seniors eux-mêmes parce qu’ils ressentent la honte de ne plus avoir de travail et pire encore, de ne pas être en mesure d’en trouver.
Cette honte doit changer de camp !