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Conférence proposée le 2 mai par l’UTL de Quiberon


Les cadrans solaires de Bretagne

De schiste et d’ombre

Si les premiers cadrans solaires sont apparus en Egypte environ 1500 ans avant notre ère, ils se sont vite répandus dans le monde. Ceux qui ont été fabriqués en Bretagne entre le 16 ème et le 19 ème siècle se sont distingués de tous les autres par la matière dont ils étaient faits (le schiste) ainsi que par les décors qui les couvraient.

Pourquoi le schiste plutôt que le granit ? Dans une région toute entière vouée à cette pierre si souvent utilisée, on est en droit de se poser la question. La réponse tient en deux particularités du schiste fort appréciées des fabricants d’antan : le schiste se travaille bien plus facilement que le granit et il se conserve très bien dans le temps… condition sine qua non pour un ustensile destiné à marquer le temps qui passe ! Mais que l’on ne s’y trompe pas, dans toutes les autres régions, le cadran solaire est en pierre calcaire, en granit, en grès… On l’aura compris, si chez nous c’est le schiste qui a été préféré, c’est surtout parce qu’on n’en manquait pas.

Pas de breton sous le soleil…

Mais l’autre particularité de nos cadrans, ce sont ses décors. Jusqu’à la fin du 19 ème siècle, principalement en Basse-Bretagne, ce sont des allusions Christiques qui vont s’imposer, les « Arma Christi » (marteau, clous, tenailles, échelles etc.) On trouvera ainsi les cadrans solaires apposés aux murs des églises, des châteaux, des manoirs, ainsi que dans les grandes fermes où c’est bien le soleil qui impose son rythme aux travaux agricoles. Le plus étonnant reste pourtant que les inscriptions retrouvées sur ces cadrans ne soient que très exceptionnellement rédigées en Breton ! La langue la plus utilisées pour affirmer la devise du propriétaire est en général le latin, car c’est la langue du savoir… Dans le même esprit on pourra même trouver des devises écrites en grec ! Mais de Breton, point ! Ou presque… A peine deux exemples connus, le premier au Faou et le second à Pont-l’Abbé. Et à cela, aucun explication ! Comme si la relation au temps et à l’espace avait été trop sacrée pour l’évoquer en une langue courante. L’arrivée massive de devises rédigées en Breton sera liée à la fin de la seconde guerre mondiale, alors que les bretons commencent à se réapproprier langue et culture.

Le travail de toute une vie de passion

Aujourd’hui, les cadrans solaires reviennent en force. Plus tellement pour donner l’heure, mais plus sûrement pour rappeler la relation qui lie l’Homme au cycle solaire et d’une manière plus large, à la nature. C’est aussi une façon douce de s’interroger sur la place de l’Homme dans l’Univers. C’est ainsi que des devises personnelles refleurissent sur des cadrans modernes, même si au bout du compte, la grande interrogation faite au soleil reste bien celle de notre dernière heure…
Pierre Labat-Ségalen et Jean-Paul Cornec qui ont signé « Les cadrans solaires de Bretagne » ont consacré (et continuent de le faire) leur vie entière à l’inventaire des cadrans solaires bretons. C’est le fruit de leur travail qui a été édité par Skol Vreizh. Pour Pierre Labat-Ségalen, la passion remonte même à ses 19 ans ; c’est dans le Tyrol Autrichien qu’il est tombé amoureux de son premier cadran solaire. Une passion jamais éteinte.

UTL de Quiberon : https://www.utlquiberon.fr/

« Les cadrans solaires de Bretagne » Ed Skol Vreizh 2010 (180 pages et illustrations)
Pierre Labat-Ségalen et Jean-Paul Cornec participeront le 14 mai à la « Fête des plantes sauvages de nos champs » à Plaudren (56) et présenteront une sélection de cadrans solaires.
Ils sont tous les deux membre de la SAF (Société Astronomique de France)