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Une conférence proposée par l’UTL de Saint-Brieuc


Les Bretons malades du fer

La longue histoire Celte aura laissé en Bretagne une langue, une musique, une culture… mais aussi une particularité moins sympathique : l’hémochromatose ! Une mutation génétique déjà présente chez les premiers Celtes, mais qui a perduré au fil des siècles au point qu’on peut la retrouver un peu partout dans le monde ; dans tous les pays celtiques évidemment, mais jusque dans le Queensland Australien, chez les mormons américains… et bien entendu, en Bretagne !

Et pourtant, tout avait pourtant bien commencé, car à une époque (l’âge de fer) où les resources alimentaires étaient incertaines, c’était plutôt la carence en fer qui était à redouter. Elle touchait en premier lieu les femmes, qui mourraient en nombre après avoir accouché, en raison précisément d’un déficit en fer. Car c’est un fait scientifique, une femme enceinte aura besoin de deux fois plus de fer durant le temps de sa grossesse. Rien de tout cela donc pour les femmes Celtes qui pouvaient faire face tout à la fois aux grossesses et à une nourriture pauvre ! Mais ce qui hier ne présentait que des avantages s’est au fil des siècles transformé en véritable fléau et cela pour une simple mais très bonne raison, c’est que nous avons eu accès à une nourriture plus riche, plus diversifiée et que notre gène de régulation du fer n’a pas pour autant évolué.

Une santé de fer ? L’expression est mal appropriée…

Jusqu’au XVII ème siècle, les Bretons devaient se contenter d’une alimentation des plus frugales, à peine suffisante pour garantir les besoins humains. Mais avec le développement de l’agriculture et le changement des modes de consommation, les apports en fer ont augmenté de manière très significative, provoquant cette fois dans l’organisme une véritable surcharge en ferritine. Le problème est que si le fer est absolument nécessaire à l’organisme afin notamment d’éviter les anémies, son excès est tout autant dommageables car il va toucher en premier lieu le pancréas (ouvrant ainsi la voie au diabète…) et le foie. Dans des cas extrêmes, l’hémochromatose peut aller jusqu’à entraîner une cirrhose du foie ! D’autres symptômes vont également se trouver associés, tels que certaines destructions dégénératives des articulations, notamment au niveau des doigts.

Les épinards de Popeye, un mythe toujours vivace.

Alors que faire ? Surveiller son alimentation ? C’est de toute façon un bon début, mais cela risque de ne pas suffire (nous sommes très loin, même en mangeant raisonnablement, de ce que mangeaient nos ancêtres…) Ce qui est certain c’est que l’une des principales sources de ferritine se trouve dans les viandes rouges, mais aussi dans les fruits de mer, et notamment les huitres et les palourdes. On peut aussi, dans une moindre mesure, en trouver dans les céréales.
Tant qu’on y est, profitons-en pour détruire un mythe : non, les épinards ne sont pas riches en fer, contrairement à ce que voulait nous faire croire Popeye ! Il est avéré aujourd’hui que le chimiste ayant travaillé sur le sujet se serait trompé d’une virgule en rendant son rapport…

La prévention au coeur du dispositif

Reste la prévention, cela afin d’établir le plus tôt possible si vous êtes ou pas les dignes héritiers de vos ancêtres Celtes. Bien entendu, la Bretagne, en raison de son peuplement, s’est depuis longtemps mobilisée pour mener à bien études et prévention. C’est ainsi que le CHU de Rennes a été désigné pour être le Centre National de Référence des Surcharges en Fer Rares d’Origine Génétique, validant ainsi 50 ans de travail sur la question. Conséquence : les Bretons sont très bien informés sur cette maladie et notamment les médecins généralistes qui sont au coeur du dispositif de prévention. 2 équipes de chercheurs travaillent ce sujet à Rennes et à Brest et les informations sont bien relayées par le tissu associatif. Alors, quelle prévention ? Donner son sang !!! Eh oui, la bonne vieille saignée à l’ancienne ! (certes, sur un mode plus civilisé…) C’est pour l’heure la seule solution efficace pour faire baisser les taux de ferritine dans le sang. Dans un premier temps, et en fonction de votre excédent en fer, les prises de sang ( de 200 à 300 millilitres) vont être hebdomadaires, de manière à contraindre votre organisme à aller puiser dans ses réserves pour retrouver au bout de quelques semaines, ou de quelques mois, un taux normal. Ne restera plus ensuite (et pour toujours) à entretenir ce taux, toujours par le biais de prises de sang.

On pourra évidemment rester vigilant sur l’alimentation et éviter les produits déjà évoqués trop riches en fer ; on pourra aussi boire beaucoup de thé. Ses vertus sont reconnues pour freiner l’absorption de fer par l’organisme. On pourra aussi, en bons Bretons que nous sommes, se rassurer en constatant que l’hémochromatose génétique (celle des Celtes) n’est à l’origine que de 10 % des hémochromatoses ! Toutes les autres sont dues, au choix : à un excès d’alcool, à des syndromes inflammatoires, à des nécroses cellulaires (en cas notamment d’hépatite), ou bien encore à un excès de graisse abdominale qui engendre également hypertension et diabète.

Yves Deugnier
Yves Deugnier.

Le Professeur Yves DEUGNIER, du CHU de Rennes donnait le 21 mars dernier à Saint-Brieuc, une conférence pour l’Université du Temps Libre sur le sujet. Nous vous tiendrons informés des autres rencontres programmées au cour de l’année

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