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Conférence proposée par l’UTL de la Côte de Penthièvre


Le bagne de Brest : entre horreur et fascination

Conférence le 18 mai

Pendant cent ans, les bagnards envoyés à Brest ont généré un mélange de curiosité et de répulsion chez les habitants, tandis que leur travail permettait à la ville de s’agrandir et de prospérer. On comptera, au plus fort de son fonctionnement 3000 prisonniers dans la ville portuaire. Retour sur cette histoire quelque peu oubliée.

Qui étaient ces bagnards condamnés aux travaux forcés et enfermés pour des peines pouvant aller de quelques années à la perpétuité ? En général de simples délinquants. Entre 1749 et 1858, période d’exploitation du bagne, les criminels, les vrais… étaient purement et simplement exécutés et ne risquaient pas de moisir des années en prison !
Pour tous les autres, être envoyé au bagne signifiait surtout « travailler » pour le bagne et la ville qui l’accueillait. C’est ainsi que Brest pourra mener à bien une grande partie des travaux de l’arsenal, à moindre coût, sans la moindre contestation ouvrière, et avec une radicale efficacité.
Le bâtiment principal construit par Antoine Choquet de Lindu dominait le port du long de ses 254 mètres, à l’emplacement de l’actuel boulevard Jean-Moulin, sur la rive gauche de la Penfeld (près de l’actuel hôpital d’instruction des armées)

Les bagnards enchaînés deux par deux dans la ville

Les Brestois vivent avec les bagnards. Ils les côtoient chaque jour dans les rues de la ville, enchaînés deux à deux. Ces travailleurs enchaînés iront jusqu’à représenter 10% de la population de la ville, exerçant sur les populations locales et sur les hôtes de passage une grande curiosité, à telle enseigne qu’il était alors possible de visiter la cour du bagne… et qu’une foule régulière s’y pressait. Parmi les prisonniers célèbres on pourra citer Vidocq qui aura mis vingt-quatre jours à relier la région parisienne à Brest, à pied et enchainé aux autres prisonniers. C’est à Brest qu’il réussira sa première évasion… Une bonne idée d’ailleurs, car mis à part le seul désir de liberté, rester entre ces murs ne présentait pas la meilleure assurance-vie : on estime qu’un tiers des détenus mourraient avant la fin de leur peine, en raison des mauvaises conditions de vie, des sévices, mais surtout des épidémies de typhus qui faisaient de considérables ravages.

Un tiers des bagnards ne parvient pas à la fin de sa peine pour cause de maladie


Et pourtant, le bagne de Brest fut précurseur ! Il fut ainsi le premier à être doté de latrines ainsi que de l’eau courante, ce qui représentait un progrès significatif dans l’amélioration des conditions de détention. Il fut aussi le premier à tenir un registre « sérieux » de ses détenus. Jusqu’alors, aucun administration n’existait qui soit capable de donner de vrais renseignements sur les bagnards. En 1858, il va pourtant fermer ses portes. D’abord parce qu’une certaine prise de conscience humaniste a commencé à s’imposer, ensuite parce que les responsables politiques de la ville commençaient à redouter les épidémies de toutes sortes qui, étant donnée la proximité des bagnards avec les habitants, menaçaient fortement la ville. Enfin, pour des raisons moins nobles : avec les débuts de la révolution industrielle, il était moins nécessaire d’avoir recours à des bras d’hommes pour exécuter les tâches difficiles. Et comme quelques années auparavant, (1848) l’esclavage avait été aboli, les colonies avaient soudain, elles, un grand besoin de main d’oeuvre. De là la décision de créer un bagne à Cayenne et de fermer celui de Brest…
A partir de 1858 et jusqu’à sa destruction après la seconde guerre mondiale, les bâtiment du bagne de Brest vont être affectés à différents usages : stockages divers, hôpital durant la 1° guerre mondiale… Les bombardements de 1944 sur Brest ne l’affecteront que partiellement, mais l’ordre sera pourtant donné de détruire le bâtiment et de réemployer les matériaux pour la consolidation d’autres structures portuaires, marquant ainsi la fin véritable du bagne de Brest.

Frederic Mallegol
Frederic Mallegol.

http://www.saintalban.fr/utl.php

Grédéric Mallegol est professeur agrégé d’Histoire à l’UBO
Pour tout contact : frederic.mallegol@libertysurf.fr