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La noce en Bretagne (1850-1950)

Une conférence de Roland Becker pour l’UTL de Concarneau

La noce, bretonne ou pas, a toujours marqué le passage le plus important d’une vie. Pour les mariés eux-mêmes évidemment, mais aussi pour les deux familles que cette union va rapprocher. Mais la noce « à la mode de Bretagne » recèle ses particularités propres et qui en font l’un des temps fondamentaux pour l’ensemble de la communauté.

Huit jours de noces !!! Une moyenne de 300 convives, mais des chiffres qui peuvent monter jusqu’à 1 500… Le mariage breton n’est pas un évènement qu’on prend à la légère ! La première raison en est (en Bretagne comme partout ailleurs) qu’avant de consentir à une union, les deux familles ont soupesé longuement l’intérêt qu’elles pouvaient y trouver. Car le mariage est souvent l’occasion rêvée d’agrandir un patrimoine agricole ou de régler en passant à l’église, et surtout chez le notaire, les problèmes qui auraient demandé beaucoup plus de temps… Quoi qu’il en soit, cette noce est un évènement. A la fin du XIX° siècle, y sont conviés tous les membres de la famille au sens le plus élargi qui soit. A ceux-là vont venir s’agréger les clients éventuels, ou les salariés, mais aussi les commerçants du village. Autrement dit, beaucoup de monde.

Des noces au plein coeur de l’hiver

Pour régler l’addition, les mariés du Morbihan s’en remettent tout simplement à leurs parents. Ce sont eux qui régalent et donc, qui paient. Dans le Finistère, la solution est encore plus pragmatique : chaque invité paye son repas, ce qui réduit d’autant les frais pour la famille et permet ainsi d’élargir le cercle des convives. Alors, pour réunir autant de monde autour des tables, le plus simple est sans doute d’attendre que les cieux soient cléments et que les températures soient douces ? Et bien pas le moins du monde ! C’est en général en février, alors que les travaux des champs sont les moins présents qu’est programmée la noce, même s’il faut encore veiller à ce qu’elle ne vienne pas percuter le carême ou d’autres fêtes religieuses. Dans certaines communes, on pourra même opter pour concentrer tous les mariages en une seule journée !
En 1901, Pluvigner, dans le Morbihan célèbrera ainsi 43 mariages dans la même journée ! 46 à Plougastel-Daoulas… Ces mariages collectifs ont lieu en général le mardi qui précède mardi-gras. La date est ainsi dénommée « le grand mardi ».
Les fiançailles ont lieu quant à elles le samedi qui précède le mariage ; c’est le « samedi fou », donnant lieu, un peu avant la date, à des joyeuses libations…

Sacrée, profane... la noce bretonne obéit à toutes ses influences

Mais ce qui rend le mariage breton si particulier, c’est sa faculté à mélanger le profane et le sacré. Ou plus exactement, à mélanger un sacré ancien hérité des celtes et un sacré plus récent, porté par l’église catholique. La tradition consistant à apporter aux jeunes mariés la soupe au lait est clairement d’origine médiévale et pourra se retrouver sous différentes formes dans toutes nos régions. Plus original, en arrivant dans le village de la jeune épousée où se tiennent en général les festivités, le jeune marié ne doit en aucun cas oublier de donner la pièce aux mendiants, ni de couper le ruban installé pour l’occasion… une forme d’inauguration familiale ! Des rubans que l’on va retrouver à Chateaulin sur les chapeaux pour montrer la richesse des mariés.
Mais une des traditions les plus émouvant reste sans doute celle de l’armoire de mariage, datée à l’année du mariage. L’arbre dont elle est issue aura été abattu à la naissance de l’enfant, les planches auront été débitée l’année de sa communion et enfin l’armoire fabriquée pour le mariage… Il se sera donc passé une vingtaine d’années entre l’abattage de l’arbre et la livraison du meuble. On appelle ça des meubles faits pour durer !!!

Et la musique dans tout ça ?

Ultime question à se poser : pourquoi un musicien tel que Roland Becker vient-il mettre son nez dans ces histoires de mariages ? Et bien tout simplement parce que la noce est à l’époque la principale occasion pour les musiciens de gagner leur vie. Et une fois encore, le clergé ne voit pas cette musique d’un très bon oeil… Les sonneurs sont mal vus parce qu’ils incitent à la danse et que la danse incite au contact ! Même du bout du petit doigt, un contact entre un homme et une femme est un contact… (la chose deviendra « pire » encore après la première guerre mondiale lorsque l’accordéon fera son apparition et qu’on dansera « ventre contre ventre » !)
Fort heureusement pour les bretons d’hier et d’aujourd’hui, s’ils sont sérieux au moment des célébrations liturgiques, ils sont aussi de formidables « noceurs » qui aiment danser, boire et s’amuser. Là encore, un beau mélange entre sacré et profane.

Roland Becker 003
Roland Becker 003.

Conférence le 12 juin UTL de Concarneau
Plus de renseignements : http://www.utlconcarneau.com/

Roland Becker est musicien professionnel (saxophoniste) et travaille depuis de nombreuses années sur la musique et les traditions populaires bretonnes. Il vient par ailleurs de signer un livre intitulé « Joseph Mahé (1760-1831), premier collecteur de musique populaire de Haute et Basse-Bretagne » édité par les Presses Universitaires de Rennes et Dastum.
Pour plus d’informations : http://oyoun-muzik.wixsite.com/conferences/joseph-mahe