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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

EDITO

Tempo Breizh n’a pas pour habitude de commenter l’actualité. Nous tâchons de rendre compte de ce qui se fait de bien dans le monde des seniors bretons… qui est aussi notre monde à tous, sans courir après l’actualité du moment et sans chercher le scoop. Mais si nous ne réagissions pas à l’histoire qui suit, nous aurions le sentiment de ne pas être dignes de la confiance que nous font nos lecteurs.

L’histoire, vous la trouverez en page Bretagne du Ouest France daté du 9 novembre et signé de Maël Fabre. On peut la résumer ainsi : A 80 ans, Yvonne, qui a été admise aux urgences de l’Hôpital Chubert de Vannes pour une sciatique fin octobre, se retrouve tirée de son lit à minuit, mise en demeure de repartir chez elle alors qu’elle ne peut pas contacter sa famille, de prendre un taxi et de débourser pour l’occasion plus de 100 euros, dans l’espoir qu’elle se débrouillera, en pleine nuit, pour ouvrir la porte de chez elle alors qu’elle est à bout de forces et qu’elle a passé ces derniers jours à vomir en réaction aux traitements qu’elle a reçus.

Sortie de l’hôpital en pleine nuit, à 80 ans !

Pour la petite histoire, l’hôpital contacté par le journaliste, s’est borné, par la voix de sa directrice adjointe, à observer que pour l’heure, la vieille dame n’ayant pas sollicité le service de réclamations, il n’y avait aucun commentaire à faire…
C’est entendu ! Alors, les commentaires, c’est nous qui allons les faire.
A commencer par le premier d’entre eux, en fait, une simple question : Madame la directrice adjointe de l’Hôpital Chubert, auriez-vous l’idée de mettre votre propre mère sur le trottoir en pleine nuit ?
Au nom de quelle nécessité administrative pouvez-vous justifier un acte aussi dépourvu d’humanité, vous dont le mission est d’accueillir des « hôtes » avec charité, (si l’on s’en tient à l’étymologie du mot hôpital.)
Quel sera l’argument comptable brandi pour expliquer que des gens en qui l’on place sa confiance pour la simple mais très bonne raison qu’ils sont là pour vous soigner, vous évacuent sans crier gare, histoire de libérer un lit ?
Au nom de quelle logique de rentabilité pouvez-vous admettre qu’une vie a moins d’importance qu’une ligne budgétaire ?
N’éprouvez-vous pas, madame la directrice adjointe de l’Hôpital Chubert, un léger vertige en songeant que vous êtes, comme nous tous, citoyenne d’un pays qui figure au 5° rang des puissances mondiales, d’où a jailli en son temps, la si belle idée des droits de l’Homme, dans un siècle des lumières où la pensée humaine n’avait pas encore été supplantée par les oukases de la « logique économique » ?
Alors très vite, (parceque nous ne sommes pas idiots au point de vous prendre vous-même pour une idiote…) Vous allez vous rendre compte de l’énormité de la bavure. Vous le ferez d’ailleurs d’autant plus vite que la colère enflera, dans les médias ou les réseaux sociaux.
Alors très vite, vous en appellerez à votre responsable de la communication (à qui je souhaite beaucoup d’imagination) afin qu’il vous mette noir sur blanc les « éléments de langage » propres, non à répondre à la question, mais à la mettre « hors champ » et la bourrasque retombée, vous vous ferez le débrief de l’évènement avec votre supérieur ou votre conseil d’administration, et vous vous féliciterez d’avoir bien su « gérer » la crise… Ce qui sera peut-être vrai.
Mais nous vous le demandons, selon la formule désormais consacrée, « les yeux dans les yeux » : Madame la directrice adjointe de l’Hôpital Chubert, en vous regardant demain matin dans le miroir, n’aurez-vous pas le sentiment un peu flou d’avoir, au moins pour un instant, oublié dans les pages de votre compte d’exploitation cette si fragile et si belle intuition qu’on appelle la compassion et dont les hôpitaux devraient être les premiers représentants ?
Enfin, c’est à nous tous que se pose la question… les questions : Est-ce bien ce monde-là que nous voulons ? Sommes-nous prêts à renoncer à toute indignation au prétexte que « l’époque veut ça » ?

"Attends de tes enfants dans ta vieillesse ce que toi-même auras fait pour ton père » disait Pittacus de Mytilene.

Nous en sommes là madame la directrice adjoint de l’Hôpital Chubert et ne vous y méprenez pas ; si vous êtes aujourd’hui porteuse de l’inconcevable, ce n’est sans doute pas tant que vous soyez une femme méchante ou sans scrupule. Il est même parfaitement imaginable que vous soyez, dans l’intimité, la personne la plus charmante qui soit… Mais il se trouve tout simplement que vous pensez faire « bien » en faisant « efficace ». Parce qu’on vous l’a dit ! Parce que « l’époque veut ça… » C’est aussi, tout simplement, que nous sommes désormais entrés, et de plein pied, dans une logique où les rapports d’argent ont remplacé les rapports humains, où on ne dit plus cynisme, mais efficience, et où chacun se presse, écrase son prochain et piétine ce en quoi il croyait encore hier, pour s’écraser le premier contre le mur où nous conduit ce genre d’égarements.
Alors oui, nous sommes indignés et nous espérons que d’autres le seront aussi, mais même si cela peut vous surprendre, ce n’est pas tant votre geste qui nous indigne, mais que vous ayez pu ne serait-ce que l’envisager sans trembler, sans douter un peu. Si vous avez pu faire cela, c’est qu’une logique est à l’œuvre, qu’elle vous dépasse comme elle risque de nous dépasser tous, si nous baissons la garde.
Cette logique corrompt tout ce qu’elle touche et comme elle touche à tout… C’est à nous de la démasquer quand on la rencontre. Ce fut la cas cette nuit-là, à minuit, à l’Hôpital Chubert de Vannes.