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Arrivée de la belle saison ? Allergies à l’horizon…

Questions à Louis-Jean Calloc’h, Médecin Généraliste pour Harmonie Mutuelle

C’est désormais le sujet récurrent dès qu’arrive le printemps. Quelle allergie nouvelle allons-nous développer ? Comment allons-nous nous y prendre pour échapper à ce fléau ? De quoi devons-nous nous méfier cette année ? Autant de questions qui traduisent bien l’angoisse éprouvée par les personnes, de plus en plus nombreuses, frappées par une allergie.

Louis Jean Calloc h
Louis Jean Calloc h.

Tempo Breizh : Lorsqu’au printemps, on parle d’allergie, on pense tout de suite aux allergies respiratoires provoquées par les pollens des fleurs. Cette idée est juste ?


Louis-Jean Calloc’h :
Oui, elle est juste parce que majoritairement, les symptômes rencontrés en cette période de l’année correspondent à l’arrivée dans l’air que nous respirons, d’une grande quantité de pollens engendrés par les arbres, les fleurs ou les graminées. Il est d’ailleurs bon de réaliser que les allergies dépendent beaucoup de la météo, des cultures dominantes, des régions…Le bon sens nous amènerait à penser qu’il y a, dès lors qu’on connait sa sensibilité à certains allergènes, à éviter de sortir à certains moments de la journée ou bien encore à tenir compte des vents dominant quand certaines cultures se trouvent à proximité.
Tenir compte aussi de ce qui pousse dans les jardins voisins… Il faudra peut-être faire preuve d’un peu de diplomatie de voisinage si vous souhaitez que certaines cultures disparaissent du champ voisin…

L’enfer des allergies… Une réalité


Tempo Breizh : Les phénomènes allergiques sont-ils très handicapants ?

Louis-Jean Calloc’h : On parle souvent de « l’enfer des allergies ». Le terme peut paraître exagéré, mais à la vérité, ll s’agit pour certains patients d’un véritable enfer ! Cela peut aller du classique éternuement à répétition, déjà très agaçant à des réactions lourdes nécessitant une véritable prise en charge thérapeutique. Cela étant dit, que l’on se rassure : la période à risque dure rarement plus d’un mois et demi à deux mois. Et puis, on peut assez facilement ériger un rempart à l’allergie ! Pour repousser le pollen ennemi, il existe aujourd’hui des petits masques permettant de se protéger des risques induits par l’allergie respiratoire. Ils sont étiquetés de manière assez claire en fonction du niveau de risque encouru et donc du niveau de protection qui va vous être nécessaire.(P1 ; P2 ; P3). Ils sont vendus par paquet de 6 ou 8 et au final, c’est un achat qui s’avère assez peu onéreux, d’autant que si, par exemple, vous avez à faire du jardin, un même masque peut être utilisé à trois ou quatre reprises sans problème.

Tempo Breizh : Comment se fait-il que l’on observe aujourd’hui une montée en puissance des phénomènes allergiques ? Nous sommes devenus moins résistants ?

Louis-Jean Calloc’h : Nous sommes incontestablement devenus plus sensibles que nos ancêtres ! La raison principale en est que nous jouissons d’une vie domestique beaucoup plus casanière que ne l’était la leur. Les générations précédentes passaient beaucoup plus de temps au grand air alors que nous évoluons pour la plupart d’entre nous dans des atmosphères relativement confinées, qu’il s’agisse des logements, des restaurants, des cinémas… et d’une manière générale, de tous les lieux urbains. Ajoutons à cela l’usage massif que nous faisons des systèmes de climatisation qui n’ont rien de naturel et ont été, par le passé, capables d’engendrer des maladies très sérieuses, (on pense notamment à la « maladie du légionnaire » et la légionellose).
Reste que d’une manière massive, l’air que nous respirons dans les agglomérations est d’une qualité qui s’est nettement dégradée au fil des ans. Les épisodes que certaines grandes villes ont connu cet hiver, (on pense notamment à Paris ou Grenoble), attestent de cette dégradation d’ensemble.

Nous sommes devenus plus sensibles que nos ancêtres

Tempo Breizh : Que faut-il faire alors ? Se protéger ? Eviter tout contact avec la nature, la rue, les animaux… ?

Louis-Jean Calloc’h : Bien sûr que non, et c’est là le paradoxe des phénomènes allergiques : plus nous cherchons à nous protéger, et notamment en évitant les contacts avec les allergènes, plus nous affaiblissons nos défenses naturelles ! C’est un véritable cercle vicieux ! Et c’est d’autant plus difficile à contrôler que certains de ces polluants et en premier lieu, les polluants chimiques peuvent nous venir de très loin. Il est par exemple évident que les polluants carbonés issus des centrales à charbon de l’Allemagne arrosent toute l’Europe centrale. Cela dit, la position de la Bretagne, face aux vents dominants venus de l’Atlantique, nous garantit une certaine tranquillité de ce point de vue. Mais ce qu’il faut bien comprendre c’est que nous allons peut-être développer une allergie à une plante de notre jardin, mais que le travail de sape de notre organisme a commencé bien en amont et qu’il a peut-être été engendré par un tout autre polluant.


Tempo Breizh : La Bretagne, à l’inverse, est-elle particulièrement exposée à des allergies particulières ?

Louis-Jean Calloc’h : J’aurais tendance à vous dire que oui. D’abord en raison de l’eau de notre mer. C’est une eau très iodée et certaines personnes ne supportent pas l’iode ! D’autre part, nous savons tous la chance que nous avons de pouvoir déguster de nombreux fruits de mer en Bretagne, mais là encore, certains ne les supportent absolument pas et développent des allergies alimentaires. Sur le terrain des allergies dues aux graminées, et même si comme je le disais, la présence de vents assez réguliers est plutôt une protection pour notre système respiratoire, il ne faut pas oublier que certaines grandes cultures, le colza par exemple, peuvent se révéler être d’importants foyers allergiques. Le plus simple et surtout le plus efficace, consistera pour une personne ayant déjà constaté une certaine fragilité aux allergènes, à éviter les contacts trop important ; prévenir plutôt que guérir… d’autant qu’en la matière, il reste difficile de parler de guérison.